Chérir l'art, c'est chérir la liberté
Ma démarche repose sur une conviction, chérir l’art, c’est chérir la liberté. Je pense que cette liberté se trouve dans la rencontre : visages, paysages, récits, parfums... Et à travers différentes manières de vivre et de penser. Cela donne toutes les cartes pour une vie riche de connaissances et donc de possibilité de choix. / Cultiver sa curiosité du monde, c’est découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre et de penser, pour choisir plus librement.
De ces rencontres naissent des traces : une sensation, une histoire entendue, un détail observé. Certaines demeurent vives, d’autres se rangent au fond des tiroirs de la mémoire. Mon imaginaire les rassemble, les transforme et les entremêle pour composer des aventures vers d’autres mondes.
Une rencontre peut être douce, joyeuse, inattendue. Elle porte aussi parfois du « contre » : une résistance, un heurt, quelque chose qui bouscule nos repères ou provoque un mouvement de rejet. « Rencontrer », c’est accueillir ce qui nous est familier comme ce qui nous surprend, nous émerveille ou nous déstabilise.
De ces découvertes, de ces surprises et de ces contrastes naissent une mythologie et une cartographie intimes, où les djinns côtoient les fleurs, l’enfance rejoint le féminin, la joie se mêle aux ombres. La beauté y devient une force sensible, une manière de résister à la violence.
Du trait au volume
Papier sculpté, embossage, aquarelle, encre, terre, peinture : chaque technique engage une relation particulière à la forme, à la couleur et au volume. Leur dialogue permet à l’image de se construire et de prendre corps, du dessin sur la surface jusqu’au relief et au volume dans l’espace. Le papier en est le fil conducteur : dessiné, peint, découpé, creusé, plié ou sculpté, il accueille le trait, la couleur, l’empreinte et la lumière. Mon travail emprunte des écritures plastiques très différentes. Dessin, couleur, volume, figures et objets peuvent composer des univers qui semblent éloignés les uns des autres. Des indices les relient pourtant en filigrane — une forme, une gamme colorée, un personnage, un motif, une façon de construire l’image.
La poésie traverse ma démarche : elle accompagne les formes, les couleurs et les matières, elle prolonge ce qu’elles racontent. La poésie devient parfois la matière même de l’œuvre.
Un espace à partager
Enfants, adolescents et adultes abordent les œuvres avec leurs références, leur sensibilité et leur expérience. Une même image peut éveiller une émotion, rappeler un souvenir, faire naître une question... Chaque âge y trouve ainsi sa propre porte d’entrée.
Ma démarche est aussi politique, dans la manière dont elle interroge notre rapport à l’autre et pense la rencontre comme un chemin vers la liberté. Chaque œuvre est un espace d’hospitalité, parce qu’elle fait une place à ce qui vient d’ailleurs et ouvre un aidagara (間柄), cet espace de relation où chacun demeure lui-même tout en s’enrichissant de présences nouvelles.
